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Après l’exposé, plusieurs conviennent que nous sommes en face d’un système hypocrite qui tolère ou réprime selon les aléas de la vie politique, les requêtes des citoyens-nes, les sautes d’humeur de la police, etc… Presque tout le temps, ce sont les femmes qui font les frais de ce système. -Peut-il y avoir consentement ou libre choix de la part d’une femme qui décide de s’adonner à la prostitution? Je dirais qu’une majorité de participantes répondent oui à cette question en apportant toutefois les précisions suivantes : la plupart du temps, il s’agit d’une alternative à la pauvreté la plus grande, donc, d’une stratégie de survie. Il ne faut pas négliger non plus que plusieurs femmes ont commencé à se prostituer à l’adolescence et qu’on ne peut alors parler d’un choix véritable. De plus, le problème de la toxicomanie vient souvent altérer ce qui a peut-être été un choix. Il est plus difficile de quitter la prostitution, même si on le veut, quand on est accro aux drogues dures et qu’on doit de l’argent au dealer. Enfin, on sait que l’exercice des différents métiers du sexe se passe souvent en milieu criminalisé (par exemple, les multiples bars de danseuses, au Québec) et qu’il n’est pas évident d’en sortir. Mais tout ceci étant dit, beaucoup de participantes refusent de voir dans les prostituées et travailleuses du sexe seulement des victimes sans aucun pouvoir sur leur vie. Elles croient que les féministes ne doivent pas tomber dans la surprotection des femmes, qu’elles viennent ou non du Tiers Monde, qu’elles soient domestiques ou travailleuses du sexe, pauvres ou de classe moyenne, qu’elles aient 20 ou 40 ans. Elles proposent donc d’écouter ce que les prostituées ont à dire sur leur vie, d’entendre leurs revendications et d’en débattre avec elles. Elles conviennent que l’autonomie des femmes demeure un objectif cher aux féministes et que cela vaut aussi pour les prostituées. - Par ailleurs, le lien entre prostitution et violence faite aux femmes interpelle plusieurs féministes. Certaines croient que l’achat de services sexuels par un homme est en soi un acte de violence envers les femmes.Quelques-unes diront même qu’il s’agit d’un acte de violence envers toutes les femmes. L’auteur de ce geste doit donc être réprimé. Pour d’autres, le lien n’est pas aussi clair. On craint que l’achat de services sexuels soit accompagné de violence mais on n’est pas prête à dire que c’est en soi violent, même si l’on voit très bien le lien avec les institutions patriarcales. Celles-là prôneront plutôt l’éducation pour amener les hommes à modifier leur comportement sexuel. -Cela nous amène à la question : faut-il ou non viser l’abolition de la prostitution? À cette question, beaucoup répondent oui, à long terme, tout en se disant favorables aux revendications des travailleuses du sexe à court terme. Autrement dit, on prône l’édification d’un monde égalitaire entre les femmes et les hommes où la sexualité s’épanouit librement pour les femmes et pour les hommes, on souhaite éliminer la marchandisation du corps des femmes (et des hommes) mais en même temps, on appuie les demandes jugées pragmatiques de celles qui défendent les travailleuses du sexe. Certaines y verront sans doute un paradoxe… C’est pourtant un point de vue qui a été largement exprimé au cours de la tournée. -La décriminalisation des clients : contrairement à la décriminalisation des travailleuses qui remporte une large adhésion, celle des clients inquiète, dérange mais aussi intéresse. Nous sommes très loin de l’unanimité! Comme je l’ai écrit plus haut, la plupart des abolitionnistes veulent criminaliser les clients vus comme des hommes qui posent un geste de violence envers les femmes. De plus, l’expérience suédoise (criminalisation des clients et non des travailleuses), semble indiquer une diminution importante de la prostitution de rue. Pas de demande, pas d’offre! Enfin, on s’inquiète du message qu’enverrait la décriminalisation des clients : l’achat de services sexuels, c ‘est banal! D’autres se refusent à ce qu’elles voient comme de la répression et préfèrent la sensibilisation. Elles croient qu’on ne peut décriminaliser les femmes sans le faire pour les clients car la protection des travailleuses demeurera difficile à assurer. Elles ne sont pas convaincues de toute façon de l’efficacité de la mesure, même d’un point de vue abolitionniste. La sollicitation par internet, par exemple, peut remplacer aisément la prostitution de rue. Le débat demeure donc entier… - Autre question : le lien entre criminalisation, décriminalisation et trafic des femmes. Certaines disent (et écrivent) que le libéralisme des Pays- Bas a encouragé le trafic des femmes dans ce pays. D’autres contestent cette assertion puisque les Pays-Bas viennent de passer des lois sévères contre le trafic. Qu’en serait-il au Canada si l’on décriminalisait la prostitution et le travail du sexe? Est-ce qu’on encourage le trafic? Ou l’immigration illégale, ce qui n’est pas exactement la même chose? - Lorsque l’on parle d’éliminer la prostitution, que dit -on vis à vis toutes les autres formes d’activités pratiquées dans l’industrie du sexe : danseuses nues, danses contact, téléphones érotiques, massages érotiques, escortes, films porno, etc… Pourquoi parle-t-on davantage de la prostitution de rue? Parce qu’elle dérange ou parce qu’elle est en elle-même plus dommageable pour la santé, la sécurité et l’estime de soi des femmes qui la pratiquent? - Enfin, quelq ues-unes soulèvent qu’elles aimeraient voir parmi les recommandations le souci d’aider les prostituées qui veulent sortir du milieu et aussi de prévenir l’entrée dans la prostitution. Comme on peut le voir, les débats furent riches et la plupart des participantes ont exprimé le désir de les poursuivre. 2) UN SUJET QUI DÉRANGE ET QUI FASCINE! Des évaluations anonymes ont été remplies par la quasi totalité des participantes et nous avons procédé à chaque rencontre à une évaluation collective. Voici les éléments qui en ressortent le plus souvent : - Tout d’abord, les participantes remercient la Fédération des femmes du Québec pour son initiative et son leadership dans le dossier. Elles sont très heureuses d’entreprendre un débat qu’elles trouvent passionnant. Le document de réflexion, malgré ses imperfections, est jugé très pertinent; d’ailleurs, la plupart des participantes l’ont lu avant la rencontre! Elles sont heureuses aussi de participer à la session de formation et désirent que les débats se poursuivent. -Elles saluent l’objectivité de l’animatrice (une seule participante la questionne) et le souci qu’a la FFQ de présenter les deux grandes tendances dans le débat sur la prostitution et le travail du sexe. Elles réalisent à quel point ce débat est complexe et mérite mieux que des positions spontanées et sans nuances. Comme le diront plusieurs « C’est fatigant de tergiverser, de douter, d’être dans l’incertitude, mais comme c’est intéressant! ». - À plusieurs reprises, des participantes expriment le regret qu’il n’y ait pas de prostituées/travailleuses du sexe dans la salle. Elles trouvent contradictoire que des féministes discutent du sort d’un groupe de femmes qui n’est pas présent. Après explications, elles conviennent que cela aurait été difficile mais n’en continuent pas moins de souhaiter que les groupes de femmes soient ouverts à la discussion avec des organismes représentant ou travaillant avec des prostituées/travailleuses du sexe. La présence occasionnelle de travailleuses de rues a apporté des éléments d’information très pertinents dans quelques régions. -Le climat des discussions est généralement qualifié d’excellent. Le ton monte une seule fois dans une seule région. Donc, beaucoup d’ouverture, de l’empathie, du respect, de l’écoute, très peu de jugements sur les opinions des autres. Les femmes en viennent, dans ce climat de confiance, à parler d’ellesmême, de leur sexualité, de leurs craintes, de leur vision du monde. Et elles disent être heureuses de cela. L’animatrice recevra par ailleurs quelques confidences « dans les toilettes », confidences qui démontrent que le sujet traité n’est pas coupé de la vie de plusieurs femmes et ce, dans nos rangs. Une seule fois, une participante exprimera son malaise de parler devant des « féministes pures et dures ». - Elles questionnent tout autant la position de Stella, jugée un peu trop coupée d’une analyse de la mondialisation et du patriarcat que celle des abolitionnistes, jugée parfois moralisatrice. Mais elles aiment le point de vue pragmatique de Stella et l’analyse des abolitionnistes sur les racines patriarcales de la prostitution. Pas simple, tout cela! Par contre, lorsqu’on arrive aux recommandations, l’unanimité se fait assez rapidement à l’exception de celle qui porte sur la décriminalisation des clients. Quelques-unes annoncent des amendements soit pour clarifier certaines recommandations, soit pour en apporter de nouvelles. - Une remarque revient souvent dans les évaluations anonymes : la difficulté de retransmettre dans les groupes la formation reçue lors de la tournée. On aime beaucoup le tableau synthèse, il aide à la compréhension, mais plusieurs participantes évaluent qu’elles auront quand même une certaine difficulté à expliquer les deux tendances dans tous leurs aspects. L’animatrice conseille de s’en tenir à l’essentiel et d’axer les débats surtout sur les recommandations. Une seule région s’interroge sur la pertinence d’un moratoire, c’est à dire de ne rien adopter à la prochaine A.G. -À plusieurs reprises, des participantes expriment le souhait d’avoir plus d’informations sur la situation juridique entourant la prostitution et le trafic des femmes. On veut connaître les lois nationales des principaux pays qui « reçoivent » des travailleuses du sexe. On veut savoir d’où viennent les femmes trafiquées, comment se passe le trafic et quels sont ses liens avec la mondialisation et la commercialisation du corps des femmes (et parfois des hommes). On veut aussi mieux connaître la situation canadienne du trafic des femmes. Les participantes jugent important que les débats à venir dépassent le cadre local du Québec puisque nous vivons désormais dans un univers mondialisé. -À plusieurs reprises, des participantes s’inquiètent de la poursuite des débats et de la mise en oeuvre des recommandations. L’animatrice n’ayant aucun mandat en ce qui a trait à la suite des travaux, suggère aux participantes de souligner au C.A. et à l’assemblée générale leur désir de continuer. L’animatrice indique cependant que le C.A. voudra certainement mettre en oeuvre les recommandations adoptées par l’assemblée générale… - Finalement, plusieurs conviennent que l’unanimité sur la question de la prostitution/travail du sexe est probablement impossible à atteindre. Les groupes de femmes peuvent sans doute s’entendre sur certaines stratégies basées sur la protection, la défense des droits et la recherche de sécurité des travailleuses du sexe. Mais sur le fond des choses (faut-il abolir ou non la prostitution?), il sera beaucoup plus difficile d’en arriver à un consensus. La FFQ, disent certaines, pourra difficilement représenter un point de vue et un seul. Françoise David 1er février 2002 3) RECOMMANDATIONS AU C.A. NOTE : les recommandations proposées ici dans le document original ont été débattues en assemblée générale annuelle le 22 septembre 2002. Cependant, ces propositions ne sont pas d’ordre public et ne sont accessibles qu’aux membres de la Fédération des femmes du Québec. Ma réflexion sur la sexualité s’articule principalement autour du processus de différenciation et sur les conséquences de celle-ci sur l’intimité et le désir sexuel des conjoints. Cette réflexion me permet de renouer avec mon passé professionnel; j’ai été formée d’abord en sexologie puis en psychologie. J’ai commencé ma pratique professionnelle essentiellement auprès des couples qui me consultaient pour des difficultés sexuelles. C’est sans doute ce qui fait que je suis toujours restée sensible et intéressée au couple et à sa sexualité. Mais au fur et à mesure que s’approfondissait ma démarche en abandon corporel, il m’est progressivement apparu que la sexualité -dans toutes ses formes d’expression- n’est pas seulement une composante du comportement humain, mais qu’elle est un moyen d’exprimer son propre rapport à la vie et qu’elle est totalement tributaire de ce rapport. On le constate la sexualité est devenue pour plusieurs un baromètre de l’état de la santé mentale : une sexualité active est valorisée et elle est perçue comme un signe de vitalité autant pour l’individu lui-même que pour la santé d’un couple. Les médias multiplient les conseils et les trucs pour améliorer la sexualité du couple. De nombreuses approches se sont développées pour aider les individus et les couples dans leur vie sexuelle. La plupart d’entre elles essaient de corriger ou d’améliorer le désir pour favoriser l’épanouissement; c’est-à-dire qu’elles tendent à se conformer à un certain modèle de la sexualité. Mais peu à peu, mon travail de thérapeute en abandon corporel m’a apporté un éclairage particulier sur la sexualité humaine. La position prise de favoriser, dans la rencontre thérapeutique, un lieu pour être et non pour changer, nous amène à considérer les problèmes liés à la sexualité dans une toute autre perspective. La sexualité peut être le lieu d’une grande intimité, car c’est bien notre rapport à la vie qui s’y révèle. Pourtant il se passe dans la sexualité du couple une contradiction qui à première vue paraît surprenante. Avec les années, pour la majorité des couples, le désir pour la vie sexuelle diminue. Pour une majorité d’entre nous, plus les conjoints se connaissent, plus ils développent une certaine intimité, moins la fréquence des rencontres sexuelles sera grande. C’est à cette contradiction que se heurtent les thérapies sexuelles. Dans la perspective de l’abandon corporel, notre vie, éveillée à l’occasion de l’autre et le mouvement qu’elle engendre, sont à recevoir. Notre sexualité à chacun est à devenir et à être. Elle nous est donnée, comme notre être, par la rencontre -et souvent le choc- de la présence de l’autre, particulièrement du conjoint. Elle n’est surtout pas statique et porte toute la complexité de notre rapport à la vie. Il en irait de même de la sexualité du couple que nous formons : elle est unique, complexe et en mouvement. Elle est chargée de nos peurs , de nos manques et de nos coupures. La sexualité de chacun évolue, se modifie, s’approfondit dans la rencontre que l’on fait de soi et de l’autre, et surtout évidemment, dans une relation continue et engagée. La rencontre de l’autre, en nous donnant notre être, nous donne accès à plus d’aspects de nous et enrichit notre sexualité. C’est en ce sens qu’il m’apparaît important de regarder la sexualité du couple sous l’angle de la différenciation. 3 La difficile différenciation Plus la relation avec le conjoint s’approfondit, plus elle nous plonge au coeur de nous-mêmes. La plupart du temps, nous vivons avec une certaine perception de nous, de notre vie et de nos rapports aux autres. C'est notre vision du monde. Nous comprenons la vie, avons des opinions, des points de vue qui reflètent notre histoire personnelle : notre subjectivité. Notre subjectivité, c'est notre vérité relative. Tout seuls nous serions enfermés dans cette subjectivité en la confondant avec la vérité. Notre subjectivité, notre perception unique et particulière de la réalité nous permet de nous créer un monde familier relativement confortable et chaque événement nouveau est perçu à travers ce prisme unique. Notre connaissance ne peut être que le fruit de notre subjectivité. Notre définition de l'autre, notre compréhension de l'autre, s'établit à travers ce prisme. Notre compréhension de la vie et des événements suit le même chemin. C'est une compréhension en circuit fermé, c’est le monde des connivences. Nous évoluons en nous dans un espace intérieur dans lequel ce qui nous est accessible est limité, circonscrit, fusionné. Lorsque nous tombons amoureux, l’autre est perçu à partir de cet espace et, d'une certaine façon, mis au service de notre monde intérieur. C'est le monde des connivences et du fusionnel. On pourrait dire que d'une certaine façon, on ne voit l'autre que comme on peut le voir, et bien sûr, l'autre agit ainsi avec nous, chacun se renvoyant une image narcissisée et narcissisante. Chacun se présente à l’autre de façon à ne pas bousculer son propre monde intérieur et réciproquement, venant ainsi renforcer les pôles positifs de sa perception de lui-même. La présence répétée et continue de l’autre nous rejoint au coeur de notre ambivalence : là où l’on veut tout à la fois vivre et ne pas vivre, être touché et tout autant se protéger. C’est le lieu par excellence de la dépendance et d