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La science relève historiquement de l'activité philosophique[2], et fut pendant longtemps un exercice spéculatif visant à élucider les mystères du monde par l'exercice de la raison. À la fin du Moyen Âge, la science s'est progressivement détachée de l'emprise de la théologie et de la philosophie. Au cours de son histoire, elle s'est structurée en disciplines scientifiques : mathématiques[3], chimie, biologie, physique, mécanique, optique, astronomie, économie[4], sociologie[4], etc.

Sommaire
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1 Définir la science
2 Une science mythifiée
3 Qu'est ce que la science?
3.1 Un corpus de connaissances et de méthodes?
3.2 Une entité concrète, humaine et sociale
3.3 Un ensemble complexe de pratiques hétérogènes
4 Une science plurielle
4.1 Différentes catégories de science
4.1.1 Selon leurs buts
4.1.2 Selon leurs méthodes
4.1.3 Selon leur objet
4.2 Différentes disciplines
4.3 Les valeurs de la science
4.4 Des sciences régionales?
4.5 Les styles scientifiques
4.6 Thèse de l'unité de la science
4.7 Au bout du compte
4.7.1 Refus des dogmes
4.7.2 Se frotter au monde
4.7.3 Une démarche méthodique
4.7.4 Exposition aux critiques rationnelles
5 Une histoire plurielle
5.1 Des connaissances anciennes
5.2 La pensée scientifique
5.3 Les institutions de la science
5.4 Structuration de la science
5.5 La science contemporaine
5.6 L'histoire des sciences
6 La dynamique de la science
6.1 Rupture et continuité
6.1.1 Le rôle des controverses
6.2 Dynamiques collectives
6.2.1 La tension essentielle
6.2.2 Construction de réseaux
6.2.3 Du mode 1 au mode 2?
6.3 Les moteurs de l'engagement
6.3.1 La libido sciendi
6.3.2 Systèmes d'incitation
6.4 Logiques de la découverte
6.4.1 Imagination et esthétique
6.4.2 Le rôle de l'analogie
6.4.3 La sérendipidité
7 Une science incarnée
7.1 Les instruments de la science
7.2 Les lieux de la science
7.3 Les métiers de la science
7.4 L'institution science
7.5 Mesurer la science
7.6 Politiques de la science
8 La puissance de la science
8.1 Le pouvoir explicatif
8.2 Les applications de la science
8.3 Science et technique
8.4 La fin du modèle linéaire
8.5 La technologie
9 A quoi sert la science?
9.1 L'honneur de l'esprit humain
9.2 La science au service de l'humanité
9.3 La science au service de la société
9.4 La science dans l'économie de la connaissance
10 Economie de la science
10.1 La science comme objet économique
10.2 La science comme enjeu économique
11 Enseignement de la science
12 Science et société
12.1 Le grand public et la science
12.2 La vulgarisation
12.3 Science et expertise
12.4 Différentes formes de dialogue
12.5 Les enjeux éthiques
12.6 Une science neutre?
12.7 Science et religion
12.8 Science et démocratie
12.9 Autonomie de la science
13 Science et culture
14 Le scientisme
15 Critiques de la science
15.1 La science, figure de l'orgueil humain
15.2 La science, instrument du désenchantement
15.3 Une science aveugle au spirituel
15.4 Une science aliénante
15.5 La science au service de la guerre
15.6 La science contre la démocratie
15.7 Une science de dominants
15.8 L'instrument du pouvoir
16 Méta-sciences : les études sur la science
17 Notes et références
18 Voir aussi
18.1 Articles connexes
18.2 Liens externes
18.3 Bibliographie
















Murray Gell-Mann, un physicien américain.
McComas repère également le mythe de la science comme application d'une « méthode scientifique » générale et universelle. Il cite les travaux de plusieurs historiens, sociologues ou enseignants dont les travaux montrent la faiblesse de cette idée reçue, mais il est également possible de s'appuyer sur les propos du grand physicien Murray Gell-Man, qui rappelle qu'en « pratique, l'entreprise scientifique ne se conforme pas exactement à un quelconque modèle précis dictant les règles de sa conduite » (Gell-Mann 1997, p. 99). Autre lieu commun (toujours selon McComas), cette méthode scientifique consisterait en l'application de procédures codifée, en une sorte de démarche algorithmique ne laissant que peu de place à la créativité, à l'imagination ou à l'intuition, voire pas du tout. Les travaux de Gerald Holton, entre autres, montrent qu'il n'en est rien (Holton 1998). Toujours dans le registre méthodologique, McCormas signale la confusion courante entre science et expérimentation, ce que Robert Nadeau nomme l'« experimentalisme étroit » (Nadeau 1986) : il n'y aurait de science qu'expérimentale. Là encore, chacune de ces idées reçue est l'objet de très vives critiques par la plupart des spécialistesééé[réf. nécessaire].
D'autres lieux communs sont également signalés, comme l'idée que le progrès de la science repose sur sur le génie de quelques héros solitaire, la confusion entretenue entre science et technologie[14], ou encore l'idéalisation du processus de délibération au sein de la communauté scientifique, d'où toute passion et tout intérêt seraient exclus. A l'énumération de McComas peut également être ajouté le mythe de la mathématisation (ou de la formalisation) comme critère de scientificité[15], celui d'une science se résumant à la recherche des lois de la nature, celui de la pure objectivité des scientifiques, celui d'une science toute entière tournée vers le bienfait du genre humain, ou encore celui de la « science pure ».
La communauté scientifique n'est pas épargnée par les idées reçues. Louis Althusser, qui a produit un cours sur cette question, explique que « tout scientifique est affecté d'une idéologie ou d'une philosophie scientifique » (Althusser 1967, p. 76) qu'il appelle "Philosophie Spontanée des Savants" (et qu'il abrège en "P.S.S"). Cette PSS, qui selon Althusser « fonctionne en silence » (Althusser 1967, p. 76), présenterait un « contenu [...] contradictoire » (Althusser 1967, p. 100) composé de l'association de convictions matérialistes et objectivistes et de croyances idéalistes (Althusser 1967, p. 100-101). A la suite d'Althusser, l'idée d'une philosophie spontanée des savants a été reprise par d'autres auteurs, sans que soit toujours conservé le sens que lui accordait le philosophe marxiste. Dominique Pestre l'oppose ainsi à l'idée que l'essentiel de ce qui concerne la science se passe « dans l'univers clos des laboratoires » (Pestre 2006, p. 94). Il peut s'agir également de l'idée d'une certaine « pureté » effective ou désirable de la science, qui serait ou devrait être détachée des contingences de ce monde[16]. Plus généralement, cette notion de philosophie spontanée des savants signale moins la croyance en un ensemble de mythes dénués de fondement que l'adhésion non questionnée à certaines intuitions métaphysiques ou philosophies, tenues alors pour évidentes, cependant qu'elles sont au coeur d'apres discussions parmi les philosophes. Mais comme l'écrit Harry Collins, lui-même physicien de formation, la réflexivité, le retour philosophique sur soit-même et sur ses pratiques, n'est pas plus utile au chercheur que la grammaire générative ne l'était à Shakespeare[17].

Qu'est ce que la science? [modifier]
Pour dépasser ces idées reçues et ces philosophies spontanées, et commencer à comprendre ce qu'est la science, il faut s'adresser aux auteurs - philosophes, méthodologues, épistémologues, sociologues, anthropologues, psychologues, économistes… - qui ont cherché à penser la science depuis Platon et Aristote[18]. En près de 2500 ans de réflexions sur la science, le sens de ce mot a évolué, les pratiques qu'il recouvre également, ainsi que les méthode visant La science elle-même a évolué, ainsi que les méthodes visant à en saisir le sens. Arrêtons-nous déjà quelques instant sur les changements de sens [introduire ici évolution étymo].
Le XXe siècle a marqué un tournant radical. Très schématiquement, aux premières réflexions purement philosophique et souvent normatives sont venus s'ajouter des réflexions plus sociologiques[19] et psychologiques[20], puis des approches sociologiques et anthropologiques plus audacieuses dans les années 1980, puis enfin des approches fondamentalement hétérogènes à partir des années 1990 avec les Science Studies, qui mêlent diverses disciplines pour comprendre la science, de la philosophie à l'économie en passant par l'anthropologie et la psychologie. Dans le même temps, le regard des analystes de la science se détourne progressivement des grands récits pour aller s'intéresser aux détails de la science en action[21]. Il s'agit d'une sorte d'immanentisation de la conception de la science : elle n'est plus considérée aujourd'hui comme une entité éthérée. La science est prise aujourd'hui dans toute sa complexité, et dans son intrication avec le cognitif, le social, l'institutionnel. Il s'agit aussi d'une acceptation de sa complexité. Ce mouvement ne s'est pas fait sans grandes controverses, en particulier autour des questions du relativisme[22]. Il semblerait aujourd'hui que les esprits s'apaisent, et certains auteurs s'attachent à faire converger les différentes approches, de la philosophie à la sociologie en passant par l'économie.

Un corpus de connaissances et de méthodes? [modifier]
Pendant longtemps, la science était conçue comme un corpus de connaissances et de méthodes, objet d'étude de la Philosophie des sciences. La science est alors ordonnée et désincarnée.
Sans remonter jusqu'à Aristote, on peut commencer avec les philosophes comme Roger et Francis Bacon, Descartes, les empiristes, puis un peu plus tard Mach, Poincaré, Duhem, Bachelard, le cercle de Vienne, puis Popper, Quine, Lakatos. Les œuvres successives de ces savants et philosophes (parfois les deux), vont progressivement troubler l'image de la science. La plupart cependant en restait à une conception de la science comme corpus de connaissance, éloigné de la société. La science est l'objet de la philosophie.
Les analyses de la science (on parle parfois de métasciences) ont tout d'abord porté sur la science comme corpus de connaissance, et ont longtemps relevé de la philosophie et de l'épistémologie, (l'analyse de chaque discipline particulière relevant des épistémologies régionales). Il s'agissait des prémices de la philosophie des sciences, au XIXe siècleééé[réf. nécessaire].
Considéré comme un corpus de connaissance, l'étude de la science relève de l'épistémologie et de la philosophie des sciences.
Contexte de justification et contexte de découverte La philosophie des sciences et l'épistémologie ne se préoccupent traditionnellement que du contexte de justification. C'est là que se logerait la spécificité du discours scientifique.
Les approches philosophiques sont souvent normatives : il s'agit de définir les critères permettant de distinguer la bonne science de la mauvaise, la science des non sciences et des pseudo-sciences. Une part importante de ces réflexions relèvent en effet de la methodologie, et émanent par ailleurs souvent d'acteurs importants de la scène scientifique. Il s'agit de comprendre en quoi consiste la méthode scientifique
Les premières spéculations philosophiques visant à élucider le problème de la connaissance remontent à l'Antiquité grecque, et furent en particulier développées par Aristote. Les grands schémas de pensée qui y furent développés n'ont en rien perdu leur actualité, et nous retrouvons aujourd'hui des oppositions pensées il y a plus de deux millénaires.
La science comme épistémé s'oppose à la doxa, à l'opinion, au sens commun. Une telle conception se retrouve en particulier chez Bachelard. Elle n'est cependant pas partagée par tous. Duhem fait une place au sens commun, et ne voit pas de rupture fondamentale avec la science. Aujourd'hui, l'idée d'une rupture entre la science et l'opinion est l'objet de critiques, qui en particulier montre les limites de cette idée en l'historicisant (voir les travaux de Bernadette Bensaude-Vincent).
La science serait comme l'application de la raison à l'exploration du monde qui nous entoure.
La science ne fonctionne pas par méthode déductive pure. Une série d'expériences ne validerait en effet des résultats qu'effectués à une date et en un endroit particuliers, sans possibilité logique de les généraliser. Bertrand Russell mentionne dans son ouvrage Science et religion (chapitre La science est-elle superstitieuse ?) ce qu'il nomme le scandale de l'induction, et qu'il voit comme un mal nécessaire.
[peut-on introduire la notion de reproductibilité à partir du rôle de l'induction en science?]
La science avance par théorisation, mais aussi par modélisation. La notion de modèle est très importante. Si la notion de théorie est depuis longtemps centrale en philosophie des sciences, il a fallu attendre le milieu du XXe pour qu'elle se saisisse de la notion de modèle[23].
Les philosophes, comme les méthodologues, visent en particulier à distinguer science et non-science, à définir des critères (on pourra évoquer la tentation positiviste et la science comme langage).
Il s'agit de trouver le moyen de distinguer clairement science et pseudo-science.
Les propositions de critères sont innombrables (Nadeau)